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Cette femme
aux grands yeux noirs..
  
Cette femme aux grands yeux
noirs
A une âme de frimas
Elle souffre de froid tous
les soirs
Il y a du bruit mais elle ne
l’entends pas..
  
Son corps valse dans la
poudrerie
La tristesse dort dans ses
bras
Elle vit seule au cœur de la
nuit
Les frissons sommeillent au
creux de ses draps..
  
Comme l’arbre qui pousse de
la terre
Ses mains sont des oiseaux
qui chantent
Ses doigts butinent dans la
sombre lumière
Elle se camouffle et son
corps tremble..
  
Comme l’écureuil frileux
d’automne
Qui enfonce un gland roux
dans la terre
Sa voix enrouée faiblement
résonne
Dans sa vie envahit de
mystère..
  
Cette femme aux grands yeux
noirs
Sur son visage de brume
ruissellent
Toutes les larmes entassées
dans ses tiroirs
Sous les tapis de plumes et
de sarcelles..
  
Cette femme plonge au plus
creux de l’obscur
Elle s’endort dans les
fougères de son enfance
Elle voyage parmi son monde
de torture
Elle vit dans un sillon de
méfiance..
  
Cette femme aux grands yeux
noirs
Murmure parfois d’un ton
dérisoire
L’ombre a dévoré sa vie, son
miroir
Un long cortège inverse en
sa mémoire..
  
Elle s’enfonce entre les
dents du malheur
Elle se meurt au lampadaire
du silence
Elle ignore qu’il existe un
monde venu d’ailleurs
Elle assume toutes ses nuits
chancelantes..
  
Elle voyage dans la nuit
parmi ses visions
Elle se meurt chaque soir et
renaît au matin
Son amour l’a quitté avec
ses illusions
Elle ne retrouve plus son
chemin..
  
Tout comme un oiseau gris
dans la neige
Un oiseau qui dormait dans
ses ailes fragiles
Dans sa vie il n’y a plus de
place pour des rêves
Elle vit chaque jour à
l’ombre de son monde immobile..

Ginette Talbot
2008
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©Ginette talbot
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